Peugeot/Fiat Mariage menacé ?

Par le coronavirus ?

Les groupes PSA et Fiat-Chrysler (FCA) devaient unir leurs forces dans les prochains mois. Mais le contexte actuel pourrait desserrer les liens.

La fusion à 50 milliards de dollars n’en vaut plus que 22. Hier soir, nos confrères de l’Agence France Presse ont publié une analyse exposant les faiblesses de l’attelage conçu à l’automne dernier par Carlos Tavares, le patron de PSA, et John Elkann, l’homme fort de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) et son bras droit Mike Manley. Les deux sociétés subissent les conséquences de la propagation du coronavirus, avec des usines à l’arrêt et un marché mondial en chute libre. En conséquence, leurs valorisations boursières s’effondrent… et mettent en doute leur rapprochement.


Des prévisions à la corbeille

Premier changement depuis les sourires de l’automne dernier : toutes les prévisions établies fin 2019 sont à mettre à la corbeille. « Les hypothèses sur la valeur des sociétés, les projections de revenus et de ventes émises pendant les discussions doivent être réévaluées », opine Karl Brauer, expert chez Kelley Blue Book, interrogé par l’AFP. PSA et FCA « n’ont plus les certitudes qu’ils avaient il y a même encore un mois en termes de ventes, de revenus, de parts de marché, de mix-produits ».

FCA est particulièrement sensible au coup de frein en Italie, premier marché européen exposé à l’épidémie. PSA pourrait souffrir d’une dépression durable de la demande de voitures neuves, au moment même où des normes d’émissions de CO2 plus sévères pourraient provoquer une pluie d’amendes.

Les termes financiers de départ pourraient donc évoluer. En effet, jusqu’ici, le plan consistait à établir une société commune appartenant pour moitié à chaque groupe. Pour obtenir l’accord des actionnaires, les dirigeants prévoyaient la distribution d’un dividende ordinaire de 1,1 milliard d’euros pour 2019. Etant donné les inquiétudes actuelles, celui-ci pourrait passer par la fenêtre.

Par ailleurs, FCA doit verser un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d’euros, là où PSA doit distribuer à ses actionnaires sa participation de 46% au capital de l’équipementier français Faurecia. Or, ce dernier a perdu la moitié de sa valeur sur le marché en quelques jours. Le jeu de yoyo sur les places boursières pourrait donc engendrer des réactions inattendues de la part des investisseurs. Et remettre en cause le plan bien huilé.


Les finances, l’Etat et l’opinion

Autre ferment d’incertitude : le rôle de l’Etat (ou des Etats). Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire a récemment rencontré Jean-Dominique Senard (Renault) et Carlos Tavares (PSA) pour faire le point sur la situation de l’automobile. Un dispositif de prêt à taux zéro garanti par l’Etat pourrait ainsi permettre aux groupes de financer l’achat de pièces à leurs fournisseurs au moment du redémarrage des usines.

Si l’argent du contribuable est impliqué dans l’affaire, il sera dangereux politiquement de verser les dividendes prévus aux actionnaires. « Dans les entreprises où l’État est actionnaire, on va demander de ne pas verser des dividendes […], c’est la solidarité »  a expliqué vendredi matin, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, sur Cnews.  D’autant que Bercy n’exclut pas des montées au capital d’entreprises stratégiques, voire des nationalisations en cas de grosse défaillance.

Et ceci pourrait également semer le trouble au moment où Fiat-Chrysler va postuler au plan d’aide de 2 000 milliards de dollars examiné par le Congrès américain. La doctrine America First des partisans de Donald Trump s’allie mal avec la constitution d’un groupe transatlantique. Et l’envoi de billets verts vers des alliés européens.

Dans un communiqué rapporté par Automotive News Europe, PSA a nié toute modification du protocole d’accord. Le groupe français trouve « inapproprié » de spéculer sur l’accord dans le contexte du coronavirus. « Plus que jamais, ce rapprochement a du sens. Nos équipes continuent de travailler avec le même engagement ». Silence radio, pour l’instant chez FCA.

Le mariage n’est pas annulé. Mais un nouveau contrat chez le notaire pourrait être de rigueur avant de convoler.



1 Photo

Partagez cette page avec un ami

Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer cette page à un ami
Son adresse e-mail
Votre adresse e-mail

Voir aussi